Déjà un mois que nous sommes là. Je me souviens à Mada, les gens nous dire : « attention, le Brésil est un pays dangereux, les favélas grouillent d’armes à feu, surtout ne faites rien qui pourrait attirer l’attention là-bas ».
On y est allés en fanfare, jouer dans le centre de Terr’Attiva pour les enfants. Pas très discret. Mais la sauce prise et du coup on en a remis une couche la semaine d’après. Pas seulement pour les enfants qui étaient déjà venus plus nombreux qu’avant. Nous avons traversé la favela Moro do Fúba en jouant avec un cortège d’enfants. Les gens ne sont pas sortis de chez eux, certains étaient au pas de leur porte, affichant quand même un large sourire. Nous distribuons des tracts pour l’association et finissons notre concert devant les portes de l’ONG dimanche après-midi près du bar de quartier où tous les gens se retrouvent pour parler foot. Niveau discrétion, on a vu mieux.
Le résultat aujourd’hui est que nous sommes passés de 30 enfants repartis entre le matin et l’après-midi pendant la période scolaire, à 46 enfant d’un seul coup. Les mamans viennent inscrire leurs enfants tous les jours, les copains des copines en ont parlé à leurs frères et sœur et tout le monde est là désormais. De 5 à 16 ans. 46 enfants, c’est ce qu’accueillerait une école française un mercredi pour le centre aéré. Sauf qu’on n’est pas dans une école ici. Il y a certes une classe pour le soutiens scolaire, deux autres salles pour l’alphabétisation et pour le divertissement mais rien ne pouvant accueillir plus de 20 gamins si énergiques dans la même pièce.
Les enfants, parlons-en un peu tant qu’on y est. Les plus jeunes ressemblent à tous les enfants du monde avec leur quota de turbulents inaptes à apprendre quoi que ce soit, d’autres turbulents parfaitement canalisables, des timides qu’on aimerait entendre plus souvent, des charmants qu’on aimerait prendre dans nos valises, des tire-au-flanc qu’on aimerait baffer et ceux qui passent inaperçus et dont on ne se souvient jamais du nom. Les plus âgés se rebellent, tombent amoureux, préfèrent ne rien faire ou font semblant de s’en foutre jusqu’à ce qu’un meneur prenne goût à nos ateliers. Dans cette ONG, ce ne sont pas des enfants des rues, ils ne vivent pas dans le centre mais dans leurs familles. En période de vacances, Terr’Ativa est une sorte de centre de loisirs animé par une bande de français loufoques qui ne parlent pas un mot de portugais mais qui ont des idées à ne plus savoir qu’en faire.
On est partis sur le thème des maxi-monstres pour élaborer notre spectacle avec eux. Fabio, l’animateur, nous avoue avoir peur que les enfants fassent trop vite la comparaison entre les monstres et ce qu’ils peuvent vivre au quotidien : la violence existe, certains parents sont alcooliques ou drogués. C’est un pari qu’on a décidé de contourner avec les plus jeunes en axant ce thème sur l’imaginaire. Un monstre ça n’existe pas, il va falloir l’inventer.
L’imagination, c’est un terrain assez vague pour certains d’entre eux et c’est du coup notre nouveau cheval de bataille (le mien au moins). Nous leur avons créé une histoire de monstres, de maître des rêves, de pieuvre tricoteuse, de cyclope énigmatique, d’huître dansante, de pirate unijambiste et de transfomonstre qui ,semble-t-il, les a captivés. Ils ont peut être moins d’opportunités que nous de voir des films pour enfants, de lire des livres ou de dessiner, qui sait ? C’est ce que nous dit Fabio, le plus enthousiaste de tous. A leur tour, les enfants ont eu à inventer leurs propres monstres. Nous en avons deux : le poisson loup (Peixe Lobo en brésilien) qui vit dans un lac et se transforme en loup quand il se fait pêcher pour manger les pêcheurs et Dragafogo, un monstre gentil qui crache du feu dès qu’il ouvre la bouche. Tout est possible avec ces deux personnages. On a déjà trouvé 2 histoires potentielles, les enfants 3. On va bien se marrer. On pense d’ailleurs à faire une fin « scoobidoo » (pour ceux qui ont vu Wayne’s World) avec un début commun à chaque histoire et une fin différente en fonction de qui la raconte. C’est une idée de narration à creuser.
Autant vous dire qu’on se marre avec ces enfants. Même si après un mois passé au Brésil, rien n’est encore très avancé, on se marre.